L'article en 30 secondes :
L’informatique quantique pourrait transformer des secteurs comme la santé, la cybersécurité, l’énergie ou encore les matériaux grâce à une puissance de calcul inaccessible aux ordinateurs classiques.
Longtemps cantonnée aux laboratoires, elle attire désormais les grands groupes, les États et les investisseurs. Mais cette technologie reste jeune : les entreprises spécialisées investissent massivement, sont souvent déficitaires et leurs valorisations peuvent être très volatiles.
Pour l’épargnant, le quantique représente donc une thématique à fort potentiel mais encore très incertaine, accessible notamment à travers des actions ou des fonds, et qui doit être envisagée comme un complément à une stratégie d’investissement diversifiée.
Décembre 2024, Californie.
Dans un laboratoire de Google, une puce grande comme un ongle exécute en moins de cinq minutes un calcul de démonstration qui, selon ses concepteurs, aurait demandé au plus puissant superordinateur du monde… dix millions de milliards de milliards d’années. Des centaines de milliers de milliards de fois l’âge de l’univers.
Cette puce s’appelle Willow.
Elle ne sert encore à rien dans votre quotidien. Et pourtant, les géants technologiques comme les États se livrent à une course mondiale. Les marchés observent, s’emballent, doutent, puis recommencent.
Pas besoin d’être physicien pour comprendre ce qui se joue. Dix minutes suffisent. Et votre épargne est concernée de plus près qu’on ne le croit.
Ce que fait un ordinateur quantique :
Votre téléphone fonctionne avec des bits : comme des interrupteurs, chacun est soit ouvert soit fermé, un peu comme une lampe allumée ou éteinte. Un qubit, lui, est différent : il peut être les deux en même temps, comme une pièce qui tourne et n’a pas encore choisi pile ou face. C’est cette différence qui permet, par exemple, de tester plusieurs chemins d’un problème en parallèle au lieu de les essayer un par un.
C’est là que se trouve sa force. Imaginez un labyrinthe : un ordinateur classique teste les chemins les uns après les autres, tandis qu’un ordinateur quantique peut exploiter les possibilités de plusieurs chemins simultanément pour trouver plus efficacement une solution.
Mais cette puissance a un point faible : le moindre dérangement peut perturber les qubits. Ces machines doivent donc être refroidies à des températures proches du zéro absolu.
Elles ne sont pas destinées à remplacer votre ordinateur portable, mais à s’attaquer à certains problèmes aujourd’hui insolubles.
Pourquoi ce sujet sort des laboratoires maintenant :
L’idée de l’informatique quantique existe depuis plusieurs décennies, mais elle est longtemps restée essentiellement théorique.
Pourquoi ? Parce qu’il fallait d’abord réussir à construire des machines capables de manipuler des qubits de manière suffisamment précise et stable.
Or, les qubits sont extrêmement fragiles : la moindre perturbation peut provoquer des erreurs. Les progrès récents dans les technologies, la correction des erreurs et la puissance de calcul permettent désormais d’envisager des machines quantiques plus performantes.
C’est donc surtout le passage de la théorie à des applications potentiellement concrètes qui explique pourquoi le sujet prend autant d’importance aujourd’hui.
Ce que ça change dans la vraie vie
La santé et le médicament
Prenons un médicament.
Pour le concevoir, il faut comprendre une molécule. Or les molécules obéissent aux lois quantiques, que nos ordinateurs reproduisent encore mal. La recherche avance donc à tâtons et il faut souvent plus de dix ans pour amener un traitement jusqu’au patient.
L’espoir du quantique tient en une idée simple : simuler les molécules à l’écran plutôt que de les deviner en éprouvette.
Les grands laboratoires pharmaceutiques y travaillent déjà.
Personne ne promet de date. Mais l’enjeu se compte en années — et en vies.
La sécurité de vos comptes
Vos données bancaires sont protégées par le chiffrement : des cadenas mathématiques qu’un superordinateur classique mettrait des siècles à forcer.
Un ordinateur quantique suffisamment puissant — qui n’existe pas encore — pourrait un jour les casser beaucoup plus rapidement.
Faut-il paniquer ?
Non. Dès 2024, certaines institutions ont publié des standards de chiffrement « post-quantique », conçus pour résister à cette menace.
Pourquoi agir si tôt ?
Parce que certains acteurs stockent déjà des données chiffrées en espérant pouvoir les déchiffrer demain.
Le risque est identifié et déjà pris en compte.
L’énergie et les matériaux
L’industrie dépense énormément d’énergie pour fabriquer les engrais, alors que certaines bactéries du sol réalisent naturellement une réaction similaire à température ambiante.
Percer ce secret revient à résoudre un problème de chimie quantique hors de portée de nos machines.
Même promesse pour les batteries de nouvelle génération ou pour les matériaux capables de transporter l’électricité sans perte.
À la clé : des économies massives.
Le revers de la médaille
Voici ce que les présentations enthousiastes oublient parfois : la plupart des entreprises du secteur perdent encore de l’argent. Leurs valorisations reposent donc sur des attentes concernant un avenir qui reste incertain.
À cela s’ajoutent une forte volatilité et des calendriers difficiles à prévoir. En janvier 2025, une déclaration de Jensen Huang, le patron de Nvidia, estimant que les ordinateurs quantiques vraiment utiles étaient encore à 15 à 30 ans, a fait chuter certaines valeurs du secteur de 30 à 45 % en une seule séance.
Personne ne sait encore quelle technologie s’imposera, ni quand ces machines deviendront réellement rentables.
La technologie est prometteuse, mais le risque de perte en capital est élevé. Elle peut avoir sa place dans une épargne de long terme, mais elle reste liée à un avenir encore incertain.
Un exemple concret : IonQ
Pour donner un visage à ce secteur, prenons une société cotée — à titre d’illustration, en aucun cas comme une recommandation d’achat.
IonQ, entreprise américaine née en 2015 de travaux universitaires, construit des ordinateurs quantiques à « ions piégés » : des atomes suspendus dans le vide, manipulés au laser.
Première entreprise du secteur coté à New York, en 2021, elle loue ses machines à distance via les plateformes d’Amazon, de Microsoft et de Google.
Ses chiffres 2025 résument bien la thématique : un chiffre d’affaires multiplié par trois en un an, à 130 millions de dollars ; plus de 500 millions de pertes pour financer la recherche ; une valorisation boursière en milliards.
Un sujet passionnant à suivre mais les chiffres révèlent qu’une véritable analyse est nécessaire.
Ce que cela signifie pour votre épargne
Le quantique est donc une technologie prometteuse, mais encore très jeune. Pour un investisseur, l’enjeu n’est pas de prédire quelle entreprise deviendra le leader du secteur, ni de miser une grande partie de son épargne sur une technologie encore en développement.
L’approche consiste plutôt à considérer cette thématique comme une exposition complémentaire, adaptée à son horizon d’investissement et à sa capacité à supporter les fluctuations.
Le choix du support compte également : certaines entreprises sont directement spécialisées dans le quantique, tandis que d’autres grands groupes y investissent sans que cette activité représente l’essentiel de leur valeur.
L’objectif n’est donc pas de prédire l’avenir, mais de construire une exposition cohérente avec son épargne et son niveau de risque.
Sur quels supports investir dans le quantique ?
Il n’est pas nécessaire d’acheter directement une action d’une entreprise spécialisée pour s’exposer à l’informatique quantique. Plusieurs supports peuvent permettre d’accéder à cette thématique.
Les actions en direct permettent d’investir directement dans une entreprise du secteur. L’exposition est alors forte, mais le risque l’est aussi : la réussite d’une seule société dépend de sa technologie, de ses résultats et de sa capacité à s’imposer face à ses concurrents.
Les fonds d’investissement permettent au contraire de répartir l’investissement entre plusieurs entreprises. Certains fonds sont spécialisés dans les technologies quantiques, tandis que d’autres investissent plus largement dans les technologies de pointe, avec une partie de leur portefeuille exposée au quantique. Cette diversification peut réduire la dépendance à une seule entreprise.
Ces supports peuvent, selon les contrats et leur éligibilité, être détenus dans différentes enveloppes d’investissement, notamment un compte-titres ou une assurance-vie en unités de compte. Dans ce dernier cas, la valeur du support peut évoluer à la hausse comme à la baisse et le capital n’est pas garanti.
Le choix du support dépend donc autant de la manière dont on souhaite s’exposer au quantique que de son horizon d’investissement, de son profil de risque et de l’ensemble de son patrimoine.
Est-ce le bon moment pour investir dans le quantique ?
Il est impossible de le savoir avec certitude. Le secteur est encore jeune et les technologies sont loin d’être arrivées à maturité. L’enjeu est donc moins de trouver « le bon moment » que de déterminer si cette thématique correspond à votre horizon d’investissement et à votre niveau de risque.
Faut-il comprendre la physique pour y être exposé ?
Non — pas plus qu’on ne doit savoir démonter un moteur pour prendre la route.
Il est surtout important de comprendre les grandes lignes de la technologie, ses applications possibles et les risques associés.
Comme pour tout investissement, chacun peut ensuite déterminer, avec l’aide d’un conseiller s’il le souhaite, si cette thématique correspond à ses objectifs et à son niveau de risque.
Quelle part de mon épargne devrais-je investir ?
Il n’existe pas de pourcentage universel.
La réponse : une part ajustée à votre profil et à votre horizon, définie avec votre conseiller après un bilan complet — et décidée avant d’investir, jamais après.
L’informatique quantique peut-elle être accessible en assurance-vie ?
Oui, certains fonds ou supports liés à cette thématique peuvent être accessibles en unités de compte dans un contrat d’assurance-vie. Leur valeur évolue avec les marchés et le capital n’est pas garanti.
L’assurance-vie permet ensuite d’arbitrer entre différents supports au cours de la vie du contrat.
Conclusion
L’informatique quantique n’est pas encore une industrie mature. Les technologies sont encore en concurrence, les entreprises investissent massivement et la rentabilité reste incertaine.
Pour l’épargnant, cela signifie surtout une chose : le potentiel est important, mais l’incertitude l’est tout autant.
Une exposition au quantique peut donc être envisagée comme un complément à une stratégie d’investissement diversifiée, et non comme son cœur. La part qui lui est consacrée doit rester cohérente avec le profil de risque et l’horizon de placement de chacun.
Le rôle du conseiller est alors moins de prédire quelle entreprise gagnera que d’aider à déterminer si cette thématique a réellement sa place dans une stratégie patrimoniale, et dans quelles proportions
Avertissement
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et pédagogique. Elles ne constituent ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Les caractéristiques et la fiscalité de l’assurance vie peuvent évoluer. Les unités de compte présentent un risque de perte en capital. Avant toute décision, il est recommandé de solliciter un professionnel afin d’obtenir un accompagnement adapté à votre situation.
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